Ça ne devrait pas arriver, mais, si le pire n'est jamais certain, la vie est pleine d'imprévus... et de contrariétés. Donc, par un trou du grillage, suite à un collier ou une laisse en fin de vie, en poursuivant du gibier, ou encore entraîné par une mauvaise fréquentation, votre fidèle compagnon a disparu ou vous a faussé compagnie.
Une fois la panique passée, ressortez de votre poche l'exemplaire de cet article que vous aurez pris soin de photocopier et de mettre dans toutes les poches de vos vêtements. Vous en donnerez aussi un exemplaire à vos amis à qui vous confiez temporairement la garde de Médor.
Inutile courir partout pour le chercher, ce qui ne ferait que vous épuiser et diminuerait les probabilités. Il vaut mieux rester, en appelant au maximum de votre voix, à l'endroit où vous l'avez aperçu pour la dernière fois si vous êtes en promenade, en forêt en particulier. Si la nuit tombe ou que vous ne pouvez attendre, allez chercher sa couverture ou laissez un vêtement qui vous appartient (vous êtes plus sûr de retrouver la couverture...) et revenez de temps en temps. S'il vous attend à l'endroit et que vous le voyez revenir vers vous en courant, il ne faut surtout pas le gronder, car associer son retour à une réprimande aurait des effets négatifs.
De toute façon, dès que vous êtes en mesure de le faire, prévenez, en communiquant le numéro de tatouage ou de puce ainsi que la description précise de l'animal :
En milieu rural, d'abord la mairie ;
La gendarmerie ou la police ;
Surtout les fourrières, et pas seulement celle de votre secteur (le chien peut changer de département), mais également celles des environs ;
Les vétérinaires peuvent aussi être utiles dans cette épreuve ;
La Centrale Canine (01.49.37.54.54.), car elle sera automatiquement contactée pour la recherche d'un propriétaire.
Les boulangeries, coiffeurs, etc. en y déposant des affiches avec photographie, descriptif du chien et vos coordonnées téléphoniques.
Bien entendu, les fourrières sont chargées de rechercher systématiquement les propriétaires. Cependant, entre les tatouages illisibles et les puces démagnétisées, il est préférable de prendre les devants.
L'attente est toujours angoissante d'autant que, outre les dangers auxquels il est exposé, vous êtes (vous ou les gardiens au moment de la fuite) civilement responsable des dommages que votre animal en liberté peut causer, par exemple un accident de la route. C'est aussi cela la responsabilité du maître : vérifiez donc votre contrat d'assurance responsabilité civile et sa couverture.
Tout d'abord, en matière de prévention, la clôture de votre jardin doit être irréprochable : d'un grillage suffisamment résistant, aucune faiblesse, notamment dans les raccords, ne doit pouvoir être exploitée. Quant à la hauteur, un bon test est le suivant : debout sur les pattes arrière, les pattes avant ne doivent pas toucher le haut de la clôture. Attention cependant, certains athlètes ne sont même pas arrêtés par la hauteur ainsi déterminée. Et si cela doit vous faire une clôture dépassant les règles d'urbanisme, il vaut mieux alors éviter de l'exposer aux tentations.
Par ailleurs, assurez-vous que la laisse et le collier sont en bon état et suffisamment robustes. Je déplore que trop de boucles de colliers soient en plastique mal (ou trop bien) étudié. Misez donc sur la qualité d'un matériel professionnel de bonne marque, il n'y a pas de secret. Les laisses et colliers que j'utilise sont jetés principalement à cause des mordillements.
Enfin, la médaille avec votre nom et vos coordonnées téléphoniques est incontournable et il est important de signaler à la Centrale Canine les changements d'adresse ou de numéro de téléphone dès qu'ils ont lieu : les bonnes informations sont ainsi disponibles quand elles sont nécessaires, sans perte de temps.
Mais en plus de tout cela, il est fondamental de posséder un bon rappel. Si c'est l'une des premières choses que l'on travaille en éducation, ce n'est pas un hasard. Ce conditionnement, qui crée un lien fort avec le maître, est indispensable pour promener votre chien en confiance attaché ou en liberté, là où il y a le plus grand risque de fuite. Il convient donc de bien l'acquérir par des exercices et de l'entretenir en le pratiquant au quotidien avec de petits rappels de temps à autre.
Christine BERN, éducateur canin et comportementaliste à Jouy le Potier, Loiret
Lorsque j'ai commencé à exercer, je me suis rendue compte de la diversité des relations maître-chien et de leur complexité. Néanmoins, ce qui me touche beaucoup et qui motive une partie de mon travail ce sont les chiens abandonnés, laissés pour compte d'une relation qui n'a pas fonctionné. Les motivations sont multiples et pas toujours, les bonnes.
Pourtant, certaines erreurs pourraient être évitées en se posant sincèrement les bonnes questions avant de choisir son futur compagnon de tous les jours. Alors, si vous êtes de ceux qui souhaitent simplement un quotidien rempli d'affection canine, je vous rappellerai quelques considérations incontournables :
Il faut déjà être bien convaincu que chaque chien est un être vivant et sensible à part entière avec son propre caractère, ses propres envies même si, en fonction de la race, on a une typologie de comportement. Le chien robot n'existe pas, même si vous avez l'impression qu'il vous obéit au doigt et à l'oeil;
Un chien est très demandeur... de votre temps : il a besoin de son maître. Il faut donc avoir du temps à lui consacrer, il n'est pas là que lorsqu'on a envie de le voir, on vit avec. Votre petite peluche ou votre imposant molosse a – plus ou moins en fonction de sa race et de son âge – besoin de se dépenser, mais il ne le fera qu'avec son maître ou avec un autre chien : il n'ira jamais courir le 100 m tout seul ;
Ce qui fait l'intérêt de son existence à part vous et la nourriture, ce ne sera jamais une série télévisée, mais les plaisirs de la divagation fort excitants (les nouvelles odeurs et les choses qui bougent) qui l'attendent au-delà de son périmètre délimité. Donc, assurez-vous que votre terrain soit adéquatement clôturé, suffisamment haut et sans possibilité de creusement ;
Avez-vous du temps à consacrer à son éducation, étape très utile pour poser les bases d'une cohabitation harmonieuse au jour le jour ? A cet égard et sans compter le temps à prendre pour réparer les bêtises, un chiot, même très mignon, demande un investissement important alors qu'un chien plus mûr et plus posé ne nécessitera parfois que des ajustements ;
Si l'apparence physique joue un rôle important – comme chez les humains – ce ne doit pas être le critère principal : vous pouvez aimer le Husky, mais aimerez-vous les 15 km de course quotidienne ?
Y a-t-il des enfants dans votre entourage ? Dans ce cas, c'est encore plus d'attention et de temps pour éviter tout danger ;
Votre gamin « veut » un chien ? Etes-vous bien sûr, en dépit de ses protestations pré-adolescentes, qu'il veut - ou voudra, dans un futur pas si lointain - les contraintes qui vont avec ? C'est une responsabilité pour plusieurs années, c'est aussi, à mon sens, une décision pour toute la
famille.
Et ce ne sont là que quelques questions... Il faut donc bien réfléchir sa décision et éventuellement discuter avec des maîtres ou des professionnels.
Après, une bonne idée est d'aller rencontrer des candidats. Et pour cela, vous avez un endroit tout désigné : vos SPA de Morée ou de Chilleurs-aux-Bois. Tristement, s'y trouvent beaucoup de preuves d'échecs, mais, le bon côté, c'est que vous pouvez rapidement préciser votre projet en rentrant en contact avec l'animal. Et une de mes grandes joies, c'est justement, les dimanches où je m'y trouve, de faire au moins deux heureux. Alors, si vous êtes prêts pour l'aventure, allez donc y faire un tour le week-end prochain.
Christine BERN, éducateur canin et comportementaliste à Jouy-le-Potier, Loiret.
En ces temps de crise, ce n'est pas de votre pouvoir d'achat que je vous parlerai. Non, ça, c'est le travail des journalistes et des publicitaires qui nous vendent si bien la récession. Je souhaiterais simplement partager quelques réflexions sur le fait que très souvent les chiens des refuges ne bénéficient pas d'une bonne image. C'est injuste, mais ça s'explique.
L'adage est bien connu : « il n'y a pas de fumée sans feu ». Or donc, Lucienne, si un chien a « échoué » là, c'est qu'il y a un problème. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de s'y rendre et de passer devant les boxes : et que je me jette sur la grille en aboyant avec tous mes copains, et que je renverse la gamelle d'eau. Si en plus, le candidat est malodorant avec un aspect un peu hirsute, maladif et qu'en plus il pleuve et vente, tout cela n'est pas bien engageant.
Reste à lire la fiche du délinquant : problèmes avec les enfants, avec les autres animaux (bon, on omet quand même soigneusement d'indiquer le nombre de poules au tableau de chasse), dominance, destructions, âge et temps passé en détention. Pour les téméraires, qui s'aventureraient à la rencontre, très souvent l'énervement ou l'excitation et le peu de préparation font que la première impression n'est pas nécessairement positive. A cet égard, un petit tour à la chatterie du coin offre un contraste saisissant : tout n'y est que silence, calme, sérénité, positions alanguies, regards indifférents ou au mieux curieux. Ce serait presque à vous faire adopter un chat sur le champ...
Bref, si on sait bien que « les apparences sont parfois trompeuses » on a aussi souvent « raison de penser ce qu'on pense ». Pour autant, les chiens des refuges sont-ils nécessairement tous des cinglés ? Evidemment, non.
Il y a mille et une façons d'arriver en refuge. Passons sur l'abandon-vacances, le retrait pour maltraitance et sur le chien ayant eu le malheur de survivre au décès de son maître et pour lequel les héritiers n'ont pas développé la même énergie que pour les histoires de petites cuillères. Parfois, les gens réalisent qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper du chien du fait de leur mode ou changement de vie ou bien que les espérances placées dans le physique ne correspondent pas à la réalité du quotidien. Ou encore lui reprochent de l'agressivité voire des morsures, des bêtises, des destructions à répétition, des fugues, toutes choses qui peuvent se régler par un travail adapté et/ou de l'exercice qui fait d'ailleurs cruellement défaut pour 80% de la population canine. En effet, les besoins génétiques des animaux sont souvent ignorés. En particulier, un chien, avant d'être un animal de compagnie, est un animal de meute, qui a besoin de contacts. S'il détruit, ce n'est pas qu'il se venge, mais qu'il exprime le désespoir de sa solitude (l'expression n'est pas trop forte).
Eh oui, c'est extraordinaire, mais un chien est un vrai être vivant, pas livré formaté ! Il y a un investissement à faire dans son éducation, dans l'apprentissage de la vie avec ses maîtres, dans les promenades ou tout simplement dans la clôture de son jardin... Ce qui demande un peu d'argent, du temps et de l'affection, choses dont notre civilisation semble assez peu prodigue. Cependant, je m'aperçois que très souvent les décisions d'abandon sont prises après un peu de bricolage, par ignorance de ce qui peut être fait. C'est en train de changer heureusement, du fait de la plus grande visibilité du travail des professionnels canins.
Il n'en reste pas moins que les refuges sont à mon sens un vivier considérable de candidats à l'adoption, d'une grande variété de races, d'âges, de caractères, de physiques. Et on a donc forcément intérêt à s'y rendre : on pourrait bien être surpris que le monstre ayant passé 95% de son temps dans moins de 4 m2 devienne le compagnon affectueux et équilibré de formidables moments si on lui donne une seconde chance et ce dont il a besoin.
Christine BERN, éducateur canin et comportementaliste à Jouy-le-Potier, Loiret
On pourrait penser que l'adoption des chiens de refuge tiendrait du mariage, que ce serait quelque chose de l'ordre de l'irrationnel, bref, disons-le, de l'Amour. Le refuge étant le catalyseur, l'agence matrimoniale en quelque sorte. Il faut bien s'en garder à mon sens : d'une part, ne se marient que des gens qui se connaissent déjà suffisamment pour être tombés amoureux ; d'autre part, l'agence matrimoniale est payée pour la mise en relation qui est le produit qu'elle vend, sa rétribution a lieu bien avant le mariage. Dans l'adoption, le chien et le futur maître ne se connaissent pas et le refuge n'est rétribué, lui, surtout en termes de satisfaction pour ceux qui l'animent, que lorsque le chien est effectivement parti pour de bon. Dans ce contexte, la technique qui me semble la plus appropriée est celle de la vente. Examinons donc – pour imparfait que soit ce modèle – ce que l'équation du bonheur capitaliste un produit + un client = une vente peut apporter à notre cause.
Un produit : même dans un marché très segmenté, les produits sont formatés un minimum, relativement prêt à l'emploi. Ce n'est pas le cas du chien de refuge. Comme toute occasion d'abord il bénéficie d'une moins bonne image que le produit neuf. Un autre désavantage majeur vient du fait que c'est un être vivant à part entière, avec tout ce que cela implique : caractère individuel, psychologie propre issue de son vécu, besoin d'affection variable, besoins physiologiques et génétiques spécifiques, et surtout, pas de boutons sur lesquels appuyer. On se rend donc vite compte que chaque chien à adopter est un cas complexe, unique. C'est l'intérêt du vendeur de bien le connaître au-delà du descriptif sommaire et relativement partial de ses précédents maîtres et de l'équiper des options de base que sont le « assis », le « couché », la marche en laisse et un minimum de sociabilité avec les gens et les autres chiens. On pourra se faire aider à cette fin par un professionnel et on s'assurera ainsi « une première impression positive ».
Un client : la publicité et la notoriété nous amènent le client, à nous de nous occuper de lui quand il se présente. Le client a une motivation d'achat (des besoins, des envies, des attentes), il a des représentations (ses croyances, sa vision de la réalité) et un profil (âge, budget, expériences avec d'autres chiens, maison-jardin ou appartement, style de vie, disponibilité réelle, aspect affectif, enfants dans l'entourage...). On voit ici que chaque client aussi est un cas complexe, unique : on aura donc intérêt à faire une véritable « découverte client » : par un questionnement approfondi avec recoupements et une observation attentive, obtenir le maximum d'informations sur les trois aspects cités. C'est une étape incontournable qui va permettre au vendeur une action ciblée. Dans le cas d'une famille, il faudra identifier le décideur et s'adresser à lui tout en tenant compte des autres personnes. L'exercice n'en sera que plus délicat...
Une vente : notre vendeur qui connaît ses produits (qui a donc des arguments de vente) et qui maintenant sait qui il a en face de lui, va sélectionner, en plus des éventuels « choix des clients » (souvent largement motivés par le physique de l'animal d'ailleurs), les deux ou trois candidats lui semblant le mieux correspondre à ce que lui pense qui marchera. Une relation dépend de tellement de paramètres qu'on n'est jamais sûr qu'elle fonctionnera, mais avec les éléments déjà rassemblés, on réduit l'incertitude. Au final, c'est une « question de feeling », un pari sur l'avenir, la relation étant entièrement à construire. Le client accompagné, mis en situation, observé, décidé, armé des recommandations essentielles (il ne pourra en assimiler plus dans un premier temps, l'expérience permettra de préciser les besoins), sans aucune pression quant à la décision (il peut revenir), sachant qu'il peut avoir un interlocuteur professionnel pour le conseiller et l'épauler au besoin (surtout pour les « coups de cœur » qui appellent des mises en garde), pourra repartir avec son nouveau compagnon.
On l'aura compris, l'art de la vente dans notre cas est un art compliqué, difficile, qui demande des investissements en amont et en aval, car il faut aussi assurer le service après-vente pour gérer les ajustements. C'est bien connu : le consommateur dans la plupart des cas ne lit que les instructions de mise en marche, rares sont ceux qui lisent le manuel de l'utilisateur même lorsque celui-ci est fourni avec le produit... Par ailleurs, le consommateur d'aujourd'hui n'hésite plus à rapporter le produit qui ne lui convient pas ou à jeter celui qui ne lui convient plus. Sachons-le et mettons toutes les chances de notre côté.
